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Interview
extraite
de "Lames Vorpales" n°6 (1985)
Réalisé par Nathanaël, avec
la participation de Christian VALEIX
Philippe Luguy : [...] Les éditions Garnier
font un département BD, je
suis allé leur proposer Cyril (ndw
: réédité en 1989 sous le titre Karolyn chez Dargaud). Ils ont édité un album. Là
encore, grosse émotion ! Le premier album c'est quelque chose, le
sommet... D'autant plus que j'avais tout fait : dessins et textes.
J'écrivais d'ailleurs mon scénario au jour le jour. J'avais
tellement de trucs à dire que j'ai utilisé la matière de trois
albums en un seul. J'ai même dû résumer la fin du récit faute
de place.
Lames Vorpales : Un personnage nommé Cyril
et un fils du même nom. Y a-t-il un rapport ?
PL : Pas vraiment. Il se trouve
que j'aime beaucoup le prénom de Cyril. C'est celui que ma femme
et moi avons choisi pour notre fils, c'est celui que j'ai choisi
pour l'un de mes personnages de papier. Au moment où je dessinais
Cyril, mon fils était tout petit.
LV : Pourquoi le second album de
Cyril, entièrement dessiné, n'est-il jamais paru ? (ndw
: édité en 1990 sous le titre Karolyn chez Dargaud)
PL : C'est bête : Garnier a
stoppé son département BD.
LV : Y a-t-il des références
littéraires volontaires dans Cyril ? PL : J'ai toujours voulu faire
du merveilleux, du fantastique, de l'aventure. Cette très
anglo-saxon comme démarche. Cela peut expliquer certaines
rencontres d'idées. Numa Sadoul a écrit que Cyril était un
conte initiatique à la Tolkien. Moi, quand j'ai dessiné Cyril,
je ne connaissais pas Tolkien. Depuis, je l'ai lu. Il y avait du
vrai dans les propos de Sadoul. Mais il aurait pu écrire aussi à
la Lewis Carroll. Au fond, Cyril c'est un peu Alice aux Pays des
Merveilles... C'est le même genre d'univers en un peu moins fou.
C'est aussi Peter Pan et tout ce que la littérature de
merveilleux à su créer. Mais on ne peut pas vraiment parler de références.
LV : Qu'est-ce que le
merveilleux pour toi ?
PL : Le merveilleux c'est la
vie. Nous vivons à la fois dans l'atroce et le merveilleux. À la
fois dans le commun et dans le fantastique. Quand tu regardes les
choses d'une certaine façon, tu t'aperçois qu'il y a toujours
dans la nature des harmonies de couleurs extraordinaires, même
dans un ciel gris. Tiens, tu as déjà regardé de près un simple
morceau de sucre ? Tous ces cristaux qui brillent, étincellent,
se renvoient le moindre rayon lumineux comme dans un kaléidoscope.
Tout cela c'est du merveilleux. Le merveilleux c'est le rêve
aussi. Mon but, dans mes BD, c'est de faire rêver les gens, de
faire retrouver un peu d'enfance aux adultes. Le merveilleux c'est
une porte ouverte sur l'impossible. Je veux dire que ça permet
d'inventer des mondes où tout est possible. L'imagination n'est
plus limitée au naturel, au quotidien. C'est une grande souplesse
au niveau des scénarios. [...]
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