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Interview extraite de "Lames Vorpales" n°6 (1985)
Réalisé par Nathanaël, avec la participation de Christian VALEIX

  
Cyril : le château des mille diamants (1977)

Philippe Luguy : [...] Les éditions Garnier font un département BD, je suis allé leur proposer Cyril (ndw : réédité en 1989 sous le titre Karolyn chez Dargaud). Ils ont édité un album. Là encore, grosse émotion ! Le premier album c'est quelque chose, le sommet... D'autant plus que j'avais tout fait : dessins et textes. J'écrivais d'ailleurs mon scénario au jour le jour. J'avais tellement de trucs à dire que j'ai utilisé la matière de trois albums en un seul. J'ai même dû résumer la fin du récit faute de place.

Lames Vorpales : Un personnage nommé Cyril et un fils du même nom. Y a-t-il un rapport ?

PL : Pas vraiment. Il se trouve que j'aime beaucoup le prénom de Cyril. C'est celui que ma femme et moi avons choisi pour notre fils, c'est celui que j'ai choisi pour l'un de mes personnages de papier. Au moment où je dessinais Cyril, mon fils était tout petit.

LV : Pourquoi le second album de Cyril, entièrement dessiné, n'est-il jamais paru ? (ndw : édité en 1990 sous le titre Karolyn chez Dargaud)

PL : C'est bête : Garnier a stoppé son département BD.

LV : Y a-t-il des références littéraires volontaires dans Cyril ?

PL : J'ai toujours voulu faire du merveilleux, du fantastique, de l'aventure. Cette très anglo-saxon comme démarche. Cela peut expliquer certaines rencontres d'idées. Numa Sadoul a écrit que Cyril était un conte initiatique à la Tolkien. Moi, quand j'ai dessiné Cyril, je ne connaissais pas Tolkien. Depuis, je l'ai lu. Il y avait du vrai dans les propos de Sadoul. Mais il aurait pu écrire aussi à la Lewis Carroll. Au fond, Cyril c'est un peu Alice aux Pays des Merveilles... C'est le même genre d'univers en un peu moins fou. C'est aussi Peter Pan et tout ce que la littérature de merveilleux à su créer. Mais on ne peut pas vraiment parler de références.

LV : Qu'est-ce que le merveilleux pour toi ?

PL : Le merveilleux c'est la vie. Nous vivons à la fois dans l'atroce et le merveilleux. À la fois dans le commun et dans le fantastique. Quand tu regardes les choses d'une certaine façon, tu t'aperçois qu'il y a toujours dans la nature des harmonies de couleurs extraordinaires, même dans un ciel gris. Tiens, tu as déjà regardé de près un simple morceau de sucre ? Tous ces cristaux qui brillent, étincellent, se renvoient le moindre rayon lumineux comme dans un kaléidoscope. Tout cela c'est du merveilleux. Le merveilleux c'est le rêve aussi. Mon but, dans mes BD, c'est de faire rêver les gens, de faire retrouver un peu d'enfance aux adultes. Le merveilleux c'est une porte ouverte sur l'impossible. Je veux dire que ça permet d'inventer des mondes où tout est possible. L'imagination n'est plus limitée au naturel, au quotidien. C'est une grande souplesse au niveau des scénarios.  [...]